En 2000, Bertrand Folliet et Frédéric Zablocki créaient Entrepreneur Venture, rebaptisé Entrepreneur Invest il y a cinq ans. Ils reviennent sur le chemin parcouru, leur approche des actifs privés, et les solutions apportées aux investisseurs.
Investissement Conseils : Que représentent pour vous ces vingt-cinq années d’existence sur le marché du Private Equity ?Frédéric Zablocki : Si nous nous sommes d’abord orientés sur une clientèle d’investisseurs institutionnels et le capital-risque, nous nous sommes par la suite exclusivement tournés vers la clientèle retail à l’occasion de la loi Tepa de 2007. Longtemps, avec une poignée d’autres acteurs, nous avons prêché pour la démocratisation de la classe d’actifs auprès de la clientèle privée. Aujourd’hui, les actifs privés sont considérés comme une classe d’actifs à part entière, et les contours des produits ont évolué dans le bon sens : éligibilité à l’assurance-vie luxembourgeoise, puis française, format Eltif, fonds Evergreen… Néanmoins, il reste du chemin à parcourir, avec un vrai besoin de pédagogie, aussi bien auprès des distributeurs que des investisseurs. En effet, on estime à 2 % la part des actifs privés chez les clients patrimoniaux français, contre 20 % aux Etats-Unis. De même, chez les clients de family offices où ce pourcentage atteint 15 % en France, contre 40 % outre-Atlantique. Le potentiel est donc encore énorme !Bertrand Folliet : En tant que société de gestion, ces vingt-cinq années de présence sur le marché sont pour nous la preuve que notre approche fonctionne. Nous sommes, en effet, au service à la fois des entreprises que nous finançons, mais aussi des investisseurs et de leurs conseillers. Ecouter notre marché et apporter les réponses adéquates et innovantes constitue le moteur de notre développement. Notre track-record nous permet d’accéder à un deal flow continu d’opérations, et nous avons à plusieurs reprises financé des entreprises à différents stades de leur croissance. Il est à noter qu’une partie importante de notre deal flow provient de notre portefeuille. Du côté des investisseurs, nous avons conscience de leurs besoins, notamment en termes de liquidité, d’où notre volonté de compléter notre gamme actuelle avec des solutions d’investissement proposant une liquidité plus courte. Enfin, en vingt-cinq ans, nous avons su traverser différentes crises en nous adaptant grâce à notre ADN entrepreneurial. Comment vous différenciez-vous sur un marché où la concurrence s’est accentuée ces dernières années ? B. F. : Entrepreneur Invest est un acteur tourné vers le capital-développement des entreprises françaises, matures et d’une taille comprise entre 5 et 50 millions d’euros de valorisation. Il est fondamental pour notre économie que nos PME et ETI disposent des moyens financiers nécessaires à leur croissance aussi bien domestique qu’à l’international et à leurs besoins d’innovation. Il est en effet important que les centres de décisions de nos entreprises demeurent sur notre territoire. Nos investisseurs sont particulièrement sensibles à donner du sens à leur investissement. D’un point de vue sectoriel, nous sommes des généralistes, mais nous apprécions plus particulièrement les secteurs des logiciels pour la récurrence des revenus, l’éducation et la formation, les sociétés de services, le loisir et le tourisme, ainsi que l’industrie. Dans ces domaines, nous avons su bâtir une expertise, et nous pouvons apporter aux dirigeants de ces entreprises notre vision de leur écosystème et des stratégies de croissance les plus performantes. Ici, nous intervenons via notre FCPR Entrepreneurs & Rendement, accessible à partir de 5 000 euros et via le FPCI Entrepreneurs & Croissance éligible au 150-0 B ter et accessible à partir de 100 000 euros.F. Z.: En parallèle, nous avons souhaité pouvoir offrir à nos partenaires la gamme la plus large possible dans le domaine des actifs non cotés. Nous avons élargi notre activité à l’immobilier en 2020, avec la création du FCPR Evergreen Entrepreneurs & Immobilier qui vient financer, en dette mezzanine, des opérations de promotion et surtout de marchands de biens. Aujourd’hui, ce fonds de 140 millions d’euros délivre une performance de 6 %, avec un coupon annuel de 4 % versé trimestriellement. Nous accompagnons, ici, une trentaine d’opérateurs qui, régulièrement, nous sollicitent pour compléter leur financement bancaire. Si nous n’avons pas connu les problèmes de valorisation et de liquidité des SCPI, l’image du secteur immobilier en a été fortement impactée. Néanmoins, l’appétit pour l’immobilier semble revenir chez les investisseurs. Toujours en 2020, nous avons lancé une offre de fonds de fonds et de feeder avec des acteurs tels qu’Ardian, Capza, ou encore Committed. Il s’agit ici de pouvoir proposer des solutions performantes reposant sur des expertises que nous n’avons pas en interne. Nous sommes aujourd’hui à notre deuxième millésime d’un FCPR multigestion secondaire fiscal, accessible à partir de 30 000 euros via des appels de fonds programmés. Ici, nous avons sélectionné des fonds d’acteurs comme Unigestion, Coller ou encore Mantra IM et aux côtés desquels nous réalisons de plus en plus de co-investissements.Pourriez-vous nous communiquer quelques chiffres sur Entrepreneur Invest ?F. Z. : Depuis notre lancement, nous avons collecté 2 milliards d’euros et nous gérons actuellement 1 milliard d’euros pour le compte de plus de vingt-cinq mille investisseurs privés, dont quelques family offices. Notre collecte annuelle s’élève à plus de 150 millions d’euros. Au total, nous avons financé et accompagné trois cents entreprises françaises. Du côté de la distribution, nous collaborons avec plus de cinq cents conseillers en gestion de patrimoine et quelques banques privées que nous rencontrons régulièrement. Enfin, Entrepreneur Invest, c’est avant tout un collectif de trente-cinq personnes. Quelles innovations comptez-vous proposer aux investisseurs ?B. F. : Nous comptons continuer à innover et à apporter de nouvelles solutions d’investissement répondant aux besoins de différents types de souscripteurs. Par exemple, sur l’immobilier, nous comptons lancer des solutions de club deals sur quelques métropoles françaises dès l’année prochaine. Une première SAS va être constituée autour de cinq à six opérations de marchand de biens à Lyon. L’objectif est de rendre l’investissement plus concret et sur une durée courte. Ce produit aura également comme caractéristique d’être éligible au régime de l’apport-cession. Avoir vingt-cinq ans ne nous empêche pas de toujours innover ! Notre ambition reste la même : accompagner les entrepreneurs et les investisseurs, avec agilité, innovation et proximité.