L’environnement économique mondial appelle une approche d’investissement opportuniste : capter les tendances structurelles — IA, transition énergétique, réindustrialisation — tout en restant attentif à la soutenabilité financière d’un monde plus fragmenté et durablement inflationniste. Dans cette nouvelle ère multipolaire, sélectivité et flexibilité seront les véritables moteurs de la performance.

2025 restera l’année d’un virage économique majeur, la baisse du dollar US et les tarifs douaniers de Donald Trump sont le marqueur de la recomposition aux yeux de tous des équilibres mondiaux déjà à l’œuvre depuis plusieurs mois. Les éléments fondateurs de cette nouvelle ère datent selon nous de 2022. Il s’agit :
· Du déclenchement du conflit russo-ukrainien et de la réponse économique menée par les pays du G7 avec le gel des avoirs russes.
· De la mise en place de nouveaux axes de développement stratégique par la Chine lors du 20ᵉ Congrès du Parti Communiste, avec notamment le développement rapide des énergies nouvelles, de l’intelligence artificielle et la formalisation de l’objectif officiel de réunification de Taïwan.
· Et enfin, de l’émergence de ChatGPT, comme la concrétisation aux yeux du monde de la capacité de l’intelligence artificielle à révolutionner l’économie de demain.
Ces trois évènements ont posé les bases d’un nouveau cycle d’investissement de la part des principales puissances publiques. L’objectif assumé est désormais clair : acquérir plus d’indépendance. Indépendance monétaire pour les puissances émergentes dont une grande partie des réserves étaient encore libellées en dollar US ; indépendance technologique, énergétique et militaire pour limiter la toute-puissance américaine et se préparer à des confrontations stratégiques durables.
Ce nouveau paradigme doit se traduire, selon nous, par le maintien de déficits publics conséquents, l’acceptation d’un niveau d’inflation structurellement plus élevé et enfin, par un accroissement durable des tensions au niveau mondial. Il doit aussi s’accompagner d’une mutation en termes d’assise de croissance, avec le passage d’un modèle basé sur la consommation, notamment aux États-Unis, vers une structure de plus en plus liée à l’investissement.
Ainsi, la nouvelle administration américaine a changé brutalement les règles du commerce mondial et le cadre du droit international afin de financer, à marche forcée, la course stratégique américaine face à la Chine et ses partenaires.
Cette nouvelle réalité sera mécaniquement plus ancrée sur les cycles d’investissement locaux, dans une économie mondiale multipolaire. Certains secteurs bénéficieront directement de ce nouveau cadre : la technologie, bien sûr, avec la révolution de l’IA et la course à l’investissement qu’elle suscite, mais aussi les matières premières, en particulier les métaux, qui bénéficieront de la multiplication des investissements stratégiques locaux, de l’électrification massive des usages et de la recherche d’alternatives au dollar.
Un nouveau paradigme économique : les États-Unis ont changé les règles du jeu
L’économie mondiale devrait se maintenir dans un cycle marqué par la coexistence d’une inflation durablement plus forte et de déficits budgétaires chroniques dans la plupart des grandes économies.
Aux États-Unis, le changement de ton de la FED durant l’été 2025 consacre, selon nous, un changement de prisme d’analyse. La banque centrale agit désormais pour maintenir la cohésion économique au sein d’une machine américaine inégalitaire et de plus en plus tirée par les investissements du secteur technologique. En façade, le débat est encore à l’œuvre au sein même des membres de la banque centrale, mais le clivage grandissant au cœur de l’économie américaine laisse, à nos yeux, peu de doutes sur le choix qui sera fait, in fine. Celui de soutenir les ménages et de faciliter le financement public, quitte à reléguer au second plan le sujet de l’inflation. En Europe, le sujet est similaire avec l’Allemagne qui abandonne son orthodoxie budgétaire tandis que la France et le Royaume-Uni ne devraient réduire que très marginalement leurs déficits.
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