Estelle Dolla, présidente de Private Corner, détaille les fondements de la création de la société de gestion et ses convictions. Elle présente également la gammede fonds actuellement ouvertsà la commercialisation et sa volontéd’élargir l’accès au non-coté pourrépondre aux nouveaux besoinsdes professionnels du patrimoine.
Estelle Dolla, présidente de Private Corner.
Investissement Conseils : Private Corner va bientôt fêter son cinquième anniversaire. Pourriez-vous retracer votre parcours ?
Estelle Dolla : Nous avons en effet été agréés en tant que société de gestion en novembre 2020 et nous avons lancé notre premier fonds au mois de février de l’année suivante. Private Corner a pour mission de rendre accessible les actifs non cotés aux clients patrimoniaux, professionnels ou avertis, donc à partir de 100 000 euros. En effet, nous avons la conviction qu’il est primordial de permettre aux professionnels du patrimoine d’intégrer ce type d’actifs dans l’allocation des Français. Pour cela, nous avons fait le choix d’être régulés et d’avoir une offre sélective, tout en accompagnant nos partenaires avec beaucoup de pédagogie.
Nous avons choisi de disposer du statut de société de gestion afin d’apporter une approche institutionnelle du non-coté aux professionnels du patrimoine, sans dénaturer la substance de la classe d’actifs, tout en y associant une plate-forme digitale, avec pour but de proposer une expérience utilisateur de haut niveau. L’objectif était – et reste – de proposer une offre de qualité institutionnelle au marché de la gestion privée, alors que ces deux mondes étaient jusqu’alors étanches. De ne pas démocratiser la classe d’actifs, quoi qu’il en coûte.
Après une période 2021-2023 durant laquelle le marché s’est densifié, nous avons, mi-2023, renforcé notre gouvernance avec l’arrivée d’Armen à notre capital en tant qu’actionnaire minoritaire. Nous avons également cherché à affirmer notre image de marque et musclé nos équipes avec différents recrutements qui portent nos effectifs à seize personnes, pour la plupart associées. En cinq ans, nous avons collecté près d’un milliard d’euros auprès de cinq mille clients finaux, via plus de quatre cents partenaires actifs. Certains de nos premiers fonds ont commencé à distribuer.
Malgré les crispations macroéconomiques et géopolitiques, à fin septembre 2025, sur douze mois glissants, nous enregistrons une collecte de 280 millions d’euros. Notre ambition est de construire une marque et un track-record nous permettant de conserver dans la durée la confiance de tout notre écosystème (gérants, CGP, family offices et banques privées).
Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché ?
Le marché demande encore à gagner en maturité. L’intérêt pour les actifs privés est réel, mais le marché est en pleine mutation. Le besoin de diversification est toujours présent chez les conseillers pour diversifier le patrimoine de leurs clients, et chez les gérants d’actifs pour élargir leur base d’investisseurs.
De plus, le besoin de pédagogie est encore prégnant chez les professionnels du patrimoine. Dans ce sens, nous poursuivons notre mission, notamment à travers notre Académie du non-coté qui leur apporte les clés pour bien sélectionner les fonds et les associer.
De même, pour appréhender leurs allocations, les conseillers en gestion de patrimoine ont besoin d’outils. A travers notre plate-forme, ils disposent d’une transparence totale, des outils pédagogiques (vidéos, podcasts, guides), mais aussi de solutions de construction de portefeuille, de modélisation des cash-flows, une vision des actifs de leurs clients par fonds ou consolidée en fonction de la stratégie, des secteurs, des millésimes, de la géographie, ou encore un tableau de bord des appels de fonds et des distributions à venir.
Un mot sur votre offre ?
Nous avons toujours fait le choix de proposer des briques pures à nos partenaires. Selon nous, cela est essentiel pour plus de lisibilité et de transparence. Nous opérons dans tous les segments et sous-segments du Private Equity, de la dette privée et des infrastructures.
L’objectif est de permettre à nos partenaires de construire des portefeuilles, avec, à la fois, des fonds de cœur de portefeuille et des fonds satellites, mais aussi de pouvoir s’adapter au profil de risque, à l’horizon d’investissement et à la composition du patrimoine existant de leurs clients.
Actuellement nous disposons d’une gamme de onze fonds ouverts à la commercialisation, et Private Corner se positionne comme la plateforme institutionnelle du non-coté adaptée au Wealth.
Quels sont ces fonds ?
Sur les fonds de cœur de portefeuille, nous proposonsactuellement :
- un fonds de secondaire diversifié qui s’appuie sur le huitième millésime de la stratégie de Partners Group ;
- Committed Advisors Global Opportunities, qui permet une exposition diversifiée en co-investissement sur le marché secondaire à travers des fonds de continuation sur le segment du mid-market ;
- sur la dette privée, Private Corner Credit Yield est un fonds qui expose à la fois aux stratégies de CVC Credit sur le crédit structuré et de General Atlantic sur la dette privée opportuniste et qui a la particularité de distribuer un revenu régulier. Il est à la fois positionné sur l’Europe et les Etats-Unis ;
- et enfin la stratégie sous-jacente du fonds Blue Owl GP Stakes Strategy qui est assez méconnue. Blue Owl est le leader mondial (90 % de parts de marché) de l’investissement au capital de sociétés de gestion d’actifs non cotés (Private Equity, infrastructures et dette privée) et a la vertu d’avoir un modèle de cash-flows très prédictif et qui plus est contractualisé. Cette stratégie propose des revenus stables et peu corrélés aux marchés cotés. C’est une stratégie conçue pour préserver le capital puisqu’elle propose un revenu annuel régulier tout en créant de la valeur long terme.
De façon satellite, nous disposons :
- d’un fonds de co-investissement sur le secteur de l’environnement avec Pictet (Pictet Co-Invest Thematic E – Feeder) ;
- de PC Feeder Mérieux Innovation 2, un fonds exposé à la stratégie innovation santé de Mérieux Equity Partners et éligible au dispositif de l’apport-cession (150-0 B ter du CGI) ;
- d’un fonds permettant d’accéder indirectement aux acteurs européens du marché des semi-conducteurs – domaine hyper-stratégique pour la souveraineté de l’Europe et accompagnant des mégatendances – en collaboration avec Ardian (Private Corner Wealth European Semiconductor) ;
- d’un fonds de décarbonation de l’économie avec Tikehau Capital (Tikehau Decarbonization Fund II – Feeder) ;
- de deux fonds en partenariat avec EQT, l’un sur les infrastructures (Global Infrastructure Strategies), l’autre de buy-out sur des mid et large cap asiatiques, américaines et européennes (Private Corner Buyout EQT Strategy) ;
- et enfin, nous achevons la commercialisation d’un fonds d’infrastructures Greenfield, stratégie phare du cinquième millésime de RGreen Invest (European Infragreen Strategy).
Prévoyez-vous de lancer une solution plus accessible ?
Nous réfléchissons à une manière d’aller plus loin car la demande de nos partenaires distributeurs est réelle.
Cependant, il est important de rester transparent : les atoutsdu non-coté, comme le temps long et l’illiquidité, peuventaussi être des contraintes. Si nous étions amenés à proposer une offre adaptée à une clientèle plus large, avec un seuil d’accès plus bas, la performance pourrait être différente de celle des fonds professionnels. Le cas échéant, nous serions très clairs sur ce point.