Mais quelle mouche a piqué la Zone euro ? Peut-être faut-il regarder du côté de Donald Trump. « Make Europe great again ». Au pied du mur, l’Union européenne semble prendre son destin en main : plus de pragmatisme réglementaire de la part de Bruxelles et rupture avec le dogme de la rigueur budgétaire allemande.
Le mois est marqué par la rupture diplomatique entre les États-Unis et l’Ukraine. Les alliances qui prévalent depuis la guerre froide sont-elles sur le point de basculer ? Donald Trump entend accélérer les négociations avec la Russie, au risque de s’aligner sur les positions de Vladimir Poutine. En quelques jours, les liens diplomatiques entre Washington et Kiev paraissent rompus. Donald Trump suspend les aides militaires à l’arsenal ukrainien et réitère sa défiance envers l’OTAN.
C’est alors que l’unité européenne fait surface. Une page est en train de se tourner. Réunis pour un sommet exceptionnel à Bruxelles, les 27 ont donné leur feu vert au plan « Réarmer l'Europe » de la Commission européenne, qui vise à mobiliser 800 Mds€ (soit équivalant au plan covid de 2020, pour mettre les choses en perspective…). Les pays se sont engagés à examiner en priorité la proposition de mettre à disposition quelque 150 Mds€ sous forme de prêts. Autre piste, la possibilité pour les États membres d'accroître leurs dépenses militaires sans que cela soit pris en compte dans le calcul de leur déficit public (en principe limité à 3% du PIB).
Dans la même veine, l’issue des élections fédérales allemandes devrait aboutir à une coalition des partis centristes (CDU/CSU et SPD). Son leader, le futur chancelier Friedrich Merz, rompt avec le dogme de la rigueur budgétaire. Reprenant le fameux « whatever it takes », il annonce des centaines de milliards d'euros d'investissement destinés à renforcer la défense (également), la compétitivité et moderniser les infrastructures. Mertz affiche sa volonté de redynamiser la croissance du pays après deux ans de récession. Cerise sur le gâteau, la future coalition s’est dite favorable à lever le frein de la dette, contrainte constitutionnelle qui prévaut depuis 2009.
Une combinaison de stimuli budgétaires et monétaires, de nature à donner un peu d’air à l’économie européenne. Les investisseurs ont rapidement grimpé le mur des incertitudes « made in Europe ».
À l’envolée d’une prime de risque politique (cf. le graphique du mois) et (en partie) géopolitique, s’est ajouté un certain nombre de bonnes surprises macroéconomiques du côté du Vieux- Continent.
L'inflation sous-jacente est restée stable à 2,7% (rythme annuel). Le PIB du T4 a été révisé à la hausse dans sa deuxième publication à 0%. Les enquêtes PMI de février ont montré que l'indice composite restait au seuil d’équilibre (à 50) avec un rebond dans l'industrie manufacturière, bien que timide. Cependant, les services étaient en baisse, largement tirés vers le bas par la France et son incertitude politique persistante sur la période. Du mieux pour la conjoncture européenne, mais sans excès.
Pour finir sur cet alignement des planètes, même la Chine est venue donner du baume au cœur aux investisseurs. Les promesses de relance de Pékin, plus proches du consommateur, améliorent aussi le sentiment.
Bien plus à l’ouest, les différentes annonces du président américain affectent négativement la confiance des acteurs économiques : tensions commerciales, dégradation du marché du travail (chasse aux fonctionnaires dans les administrations et emplois précaires) et risque de rebond de l’inflation. Le calendrier qu’a choisi Trump pèse sur le moral. Les réformes fiscales se feront attendre alors que les hostilités ont bien démarré (tarifs, Ukraine, immigration, DOGE…). Post-élections, la plupart des « Trump Trades » ont été effacés progressivement (dollar, cryptomonnaies, petites capitalisations/Russel 2000, etc.). Pour autant, les petites entreprises américaines restent confiantes selon l’enquête NFIB (perspectives, intentions d’embauches… sur fond de réformes fiscales à venir). Nous ne tablons pas sur une accélération à la baisse, ni de l’activité, ni des performances boursières.
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