Avec les revirements de la politique douanière américaine, l’incertitude économique s’est accentuée à l’échelle mondiale depuis avril. Celle-ci se reflète particulièrement sur les plans d’investissement et d’emploi des entreprises. De plus, un an après la dissolution surprise du Parlement, la France paie un prix amer pour le désordre politique provoqué.
Ce coût peut être mesuré par la prime de risque sur les rendements des obligations d’Etat français par rapport à ceux de l’Allemagne : l’OAT à dix ans est supérieur de vingt points de base par rapport à son niveau d’avant la dissolution parlementaire. Et ce, alors même que le nouveau gouvernement allemand a, entre-temps, quasiment levé la règle de discipline budgétaire et annoncé un vaste programme d’armement et d’infrastructures. Selon un sondage réalisé par Consensus Economics à Londres auprès d’économistes, le consensus prévoit aujourd’hui une croissance du produit intérieur brut (PIB) français de seulement 0,6 % en 2025. Il y a un an, la même enquête anticipait encore une croissance deux fois plus forte, à 1,2 %.
Reprise cycliqueMais cela appartient au passé. Si l’on se tourne vers un avenir plus proche, il existe au moins trois raisons de croire à une reprise cyclique en Europe et en France, et ce, dans un climat de confiance affaibli par la politique américaine. La première raison est directement liée à cette incertitude accrue : partout en Europe, on constate une propension à consommer exceptionnellement modérée. En France notamment, le taux d’épargne des ménages n’est jamais redescendu au niveau moyen d’avant la pandémie, depuis les différents confinements de 2020. Il est par ailleurs surprenant de constater qu’il a continué d’augmenter depuis début 2024 jusqu’au premier trimestre 2025, bien que les revenus réels des ménages soient repartis à la hausse. Cela pourrait sembler être une observation académique détachée, sans impact sur le comportement d’épargne et de consommation des ménages. Toutefois, les enquêtes menées à travers l’Europe montrent que les consommateurs ont conscience de l’amélioration de leur situation financière ces derniers trimestres. En fin de compte, ils sont de plus en plus nombreux, depuis plusieurs mois, à considérer que le moment est favorable pour réaliser des achats importants. Une importante réserve de consommation s’est donc formée en Europe. Si elle venait à se libérer, elle pourrait donner une véritable impulsion à la demande intérieure. Supposons que les consommateurs français reviennent soudainement à leur comportement d’épargne d’avant la pandémie, cela libérerait un pouvoir d’achat équivalent à 2,3 % du PIB national. Avec la normalisation de la politique monétaire engagée par la BCE, le coût d’opportunité de la consommation diminue, notamment en raison de la baisse des taux d’intérêt sur les produits d’épargne populaires comme le livret A. L’assouplissement de la politique monétaire peut ainsi se répercuter sur l’économie réelle. Il est essentiel de rappeler l’importance de la contribution des consommateurs sur la croissance économique. Les exportations vers les Etats-Unis représentent environ 4 % du PIB de la zone euro, tandis que les dépenses des consommateurs nationaux en constituent un peu plus de 50 %. L’un des effets du « Liberation Day » du 2 avril a été la dépréciation du dollar américain face à l’euro. Ce mouvement rend la politique douanière américaine désinflationniste à plusieurs égards pour la zone euro. En France, l’inflation est depuis longtemps repassée sous la barre des 1 % et, pour la zone euro, l’objectif d’inflation de la BCE est à nouveau atteint. Les anticipations d’inflation à long terme restent bien ancrées. La BCE est donc en mesure de faire passer sa politique monétaire en mode expansionniste durant l’été. Ces conditions de financement plus favorables constituent ainsi une deuxième raison d’être optimiste pour la conjoncture européenne. Enfin, la perspective d’une impulsion supplémentaire du programme d’infrastructures allemand apporte un troisième soutien à l’économie intérieure européenne. La hausse du nombre de permis de construire reflète ce renversement de tendance, tout comme l’amélioration du moral des entrepreneurs dans le secteur du bâtiment. En France, les prises de commandes dans ce secteur sont également reparties à la hausse. Sans surprise, les actions des entreprises européennes du BTP ont enregistré une performance supérieure à la moyenne ces derniers mois. Dans ce contexte, nous avons, chez Swiss Life Asset Managers, relevé depuis le début de l’année nos prévisions de croissance pour l’année à venir, tant pour la France et l’Allemagne que pour l’ensemble de la zone euro.