Entre adaptation climatique et quête de sens, le tourisme se redéfinit. Pour les investisseurs responsables, ce secteur en mutation offre des opportunités uniques de transition écologique et sociale.
Augustin VINCENT, Responsable de la Recherche ESG
Le tourisme mondial est à un tournant. À la fois victime et acteur du changement climatique, il représente 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre1. L’économie du tourisme est fortement exposée aux risques physiques (canicules, fonte des neiges, montée des eaux) et aux risques de transition (réglementations, évolutions des comportements, pression sociétale). Pour un investisseur responsable, le secteur touristique offre un terrain d’analyse riche, mêlant vulnérabilités et opportunités de transformation.

Les risques physiques et de transition s’accompagnent d’un changement des modes de consommation touristiques
Les risques physiques liés au climat affectent directement les infrastructures touristiques : stations de ski confrontées à la raréfaction de la neige, littoraux menacés par l’érosion, îles tropicales exposées aux cyclones. Ces événements extrêmes perturbent les modèles économiques traditionnels et nécessitent des investissements massifs en adaptation.
Les risques de transition, quant à eux, découlent de la pression réglementaire (taxes carbone, normes environnementales), des attentes des consommateurs (tourisme bas-carbone, local, éthique) et de la transformation des chaînes de valeur (mobilité, hébergement, alimentation). Les entreprises qui ne s’adaptent pas risquent une perte de compétitivité, voire un désengagement des investisseurs.
En parallèle les contraintes climatiques rabattent les cartes sur la façon de voyager.
Avec la montée du tourisme de proximité post-COVID, les séjours locaux ou régionaux ont gagné en popularité, réduisant l’empreinte carbone liée au transport aérien. On constate également un allongement des séjours hors saison : pour éviter les pics de chaleur ou de fréquentation, les touristes privilégient des périodes plus douces, favorisant une meilleure répartition des flux. Il y a aussi la recherche de sens et d’impact : les voyageurs veulent désormais que leur séjour soit aligné avec leurs valeurs (respect de la nature, soutien aux communautés locales, sobriété énergétique). Enfin, grâce à la digitalisation et dans une optique de transparence, les plateformes de réservation intègrent désormais des critères ESG, des labels environnementaux et des indicateurs d’impact, permettant de choisir un logement qui correspond aux attentes d’aujourd’hui.
L’économie du tourisme compte sur des acteurs cotés pour faire face à ces changements.
À titre d’illustration, plusieurs acteurs cotés du secteur touristique se distinguent par leurs initiatives en faveur d’un modèle plus durable, chacun à leur manière, en intégrant les enjeux climatiques dans le cœur de leur métier. Montagne Neige et Développement (MND), spécialiste des équipements pour les stations de montagne, développe des solutions innovantes pour répondre aux défis climatiques : ascenseurs valléens, télécabines urbaines, capteurs intelligents pour la neige de culture et recourt aux énergies renouvelables. MND transforme les contraintes climatiques en opportunités industrielles, tout en renforçant la résilience des territoires de montagne. Accor, acteur majeur de l’hôtellerie, intègre les enjeux ESG dans sa stratégie globale à travers la réduction des consommations d’eau et d’énergie, la protection de la biodiversité, des partenariats avec des ONG environnementales et le développement d’offres bas-carbone dans ses établissements. Enfin, Pierre & Vacances, leader européen des résidences de loisirs, mise sur la réhabilitation écologique de ses sites, la valorisation des territoires ruraux et la promotion d’un tourisme de proximité, moins dépendant du transport aérien et plus respectueux des écosystèmes locaux.
Face aux défis posés par le changement climatique, le secteur du tourisme doit impérativement repenser ses modèles. Les risques physiques et de transition ne sont plus des projections, mais des réalités qui affectent la rentabilité, la fréquentation et la pérennité des destinations.
Pour l’investisseur averti, cette mutation représente une opportunité stratégique : accompagner les acteurs capables d’innover, de s’adapter et de réduire leur empreinte environnementale. Investir dans le tourisme responsable, c’est soutenir une économie essentielle à l’emploi et au développement local, tout en répondant aux exigences d’un monde en transition. C’est aussi anticiper les attentes des voyageurs de demain, plus conscients, plus exigeants et plus engagés.
Achevé de rédiger le 14/10/2025
Par l’équipe Investissement Responsable
1 Drivers of global tourism carbon emissions (en anglais), Nature Communications, 2024
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