Mandarine Gestion - Intelligence Artificielle et ESG : opposition de principe(s) ?

27/02/2025 - source : Patrimoine 24

L'Intelligence Artificielle (IA) « Responsable » a été le sujet ESG à la croissance la plus rapide en 2024. Au vu des derniers développements, notamment aux Etats-Unis (dérégulation pour maintenir l’avance américaine) et en Chine (essor de Deepseek), l’élan devrait se poursuive cette année. Au-delà des débats passionnés qu’elle déclenche, l’IA est objectivement « générative » d’interrogations sur ses impacts environnementaux et sociaux. Face aux risques d’une utilisation non régulée de l’IA, la clé semble être du côté de la mise en place d’une gouvernance commune, et surtout « future-proof ».

Sur le plan social, l’avènement de l’intelligence artificielle est en passe de transformer le monde du travail 

Les progrès sont visibles chaque jour au sein de nombreux secteurs. En termes de productivité, l’automatisation de tâches répétitives remplace progressivement les humains. Klarna Bank, une fintech suédoise, affirme avoir économisé 10 millions de dollars annuels grâce à son « chatbot » de service client, qui a remplacé 700 agents humains, tout en réduisant le temps de traitement des demandes de onze à deux minutes. Pour les cabinets de consulting, la prise en charge par l’IA des comptes-rendus (CR) de réunions, e-mails, analyses de données, synthèses de documents, entraîne des gains de productivité d’environ 20%, soit une journée par semaine. En se déchargeant de tâches ennuyeuses, certains profils, notamment juniors, peuvent se concentrer sur les aspects plus stratégiques et voir leur potentiel exploité à sa juste valeur. 

Dans le secteur de la santé, l’IA permet d’effectuer des analyses complexes pour améliorer les diagnostics médicaux et découvrir de nouveaux traitements, comme le démontrent les progrès accomplis par des sociétés comme EVEscape (évolution des virus), ou DermaSensor (détection des cancers de la peau). Dans le secteur de l’éducation, des sociétés comme Pearson ou BBC déploient des modules basés sur l’IA pour personnaliser le soutien scolaire et le rendre accessible à tous. Dans l’industrie des transports, la conduite autonome a le potentiel de réduire, voire d'éliminer, les embouteillages, éviter les problèmes de stationnement et même réduire la pollution. Au vu des investissements réalisés par les entreprises et les institutions dans l’IA, il est indéniable qu’elle contribue à améliorer la vie des individus tout en engendrant de nouvelles opportunités commerciales.   

Dans le même temps, l’intelligence artificielle crée un climat d’incertitudes sur l’obsolescence plus ou moins programmée de certains postes, comme en témoigne le nombre de recherches Google « Mon emploi est-il en péril ? ». Par ailleurs, des inquiétudes émergent en termes de discriminations, facilitées par les algorithmes et ensembles de données alimentées par l’IA, risquant de renforcer certains biais à l’embauche. A cet égard, Amazon a dû se débarrasser de son outil avancé de recrutement basé sur l’IA, des experts ayant estimé qu’il favorisait les candidats masculins. 

Alors qu’elle contribue à la pollution par sa consommation énergétique, l’IA offre également des solutions innovantes pour relever les défis environnementaux actuels

L’utilisation de ChatGPT est très énergivore, c’est indéniable. D’après l’AIE (Agence Internationale pour l’Environnement), les interactions avec cet outil pourraient consommer dix fois plus d’électricité qu’une recherche Google classique. En effet, des millions d’exemples de textes ou d’images doivent être analysés pour pouvoir en générer de nouveaux sur demande. Les principaux acteurs de l'IA ont été réticents à publier des données, et pour cause. À mesure que les géants de la technologie comme Microsoft intègrent davantage d'IA dans leurs moteurs de recherche, services de messagerie et autres applications, leurs ambitions en matière de réduction des émissions « scope 2 » (électricité achetée par l’entreprise pour alimenter ses data centers) et « scope 3 » (émissions de tous les acteurs participant à la chaîne de production dont la fabrication des puces et smartphones) s’amenuisent. En effet, avec la montée en puissance des modèles de type GPT-4, Perplexity ou encore Google Gemini, la tendance est à la hausse ; et ces LLMs (Large Language Models) nécessitent une infrastructure lourde pour fonctionner 24h/24, 7j/7. 

 La consommation énergétique pose des questions fondamentales sur la durabilité de ces technologies dans un monde confronté à la crise du réchauffement climatique. Au fur et à mesure que l'IA progresse, il faudra plus d'énergie pour les différentes itérations et plus de centres de données devront être utilisés et refroidis... Cela pourrait constituer un goulot d'étranglement pour le développement futur de l'IA. Le PDG de Meta Mark Zuckerberg a exprimé cette inquiétude lors d'un récent podcast1 et a noté que « personne n'a encore construit un centre de données de 1GW ». Le bulletin numérique est « nuageux », avec risque d’émissions cachées.  Les datacenters consomment désormais environ 2 % de l'électricité mondiale – soit à peu près autant que des pays comme la France ou l'Allemagne – avec une consommation qui a doublé entre 2015 et 2022 et qui devrait encore doubler d'ici 20262. Microsoft, qui a passé un partenariat avec OpenAI (le créateur de ChatGPT), avait comme objectif d'être négative en carbone d'ici à 2030, mais, selon son président Brad Smith, cet objectif a été dévoilé en 2020, « avant l'explosion de l'intelligence artificielle »3… De la même manière, Amazon et Meta n’ont pas publié de données sur le sujet depuis 2022. 

 

Graohique ESG Views fevrier 2025

 

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