Mandarine Gestion - L'analyse ESG : un soldat encore debout malgré un contexte réglementaire hostile

06/02/2025 - source : Patrimoine 24

Si la finance durable a connu des avancées réglementaires considérables au cours des cinq dernières années, la dynamique a subi un coup d’arrêt en 2024. Entre les turbulences économiques et géopolitiques, combinées aux appels à simplifier les règles pour rester compétitif, les niveaux d’exigences en matière de reporting extra-financier de la part des entreprises et des investisseurs sont en passe d’être revus à la baisse. Face à cette désillusion, l’essence même de l’analyse ESG traditionnelle a-t-elle encore un avenir ?

AugustinVincent mandarineAugustin Vincent, Responsable de la Recherche ESG

Un arsenal législatif solide, perçu comme une surenchère normative…

L’année 2024 a davantage été synonyme de simplification des textes que de renouveau. Ne serait-ce qu’au sein du continent européen, les vents contraires ont soufflé fort. Le Green Deal n’a pas réussi à conduire les pays de l’UE vers l’innovation et la croissance, entraînant une demande de simplification des normes environnementales. En ce qui concerne la responsabilité sociétale des entreprises, la CSDDD (devoir de vigilance), la CSRD (harmonisation des informations ESG), le règlement sur les emballages et les déchets (recyclabilité, plastiques à usage unique, PFAS), la loi sur la restauration de la nature (reporting sur la dégradation des écosystèmes par les activités économiques), la loi contre la déforestation importée ou encore les systèmes d’échanges de quotas carbone ont été assouplis, retardés, ou annulés. Au niveau global, les trois COP de 2024 (climat, biodiversité et désertification) se sont soldées par des échecs sans réelle feuille de route.

…s’accompagnant par de nouvelles contraintes à venir pour les sociétés de gestion en 2025

De leur côté, les sociétés de gestion sont à pied d'oeuvre. Elles doivent se conformer d’ici mai 2025 aux nouvelles directives de l'Esma sur la dénomination de leurs fonds pour limiter l'utilisation abusive des termes liés à la durabilité. Autre grand chantier réglementaire, la Commission européenne devrait revoir les classifications SFDR au deuxième semestre 2025. Après les articles 6, 8 et 9, selon leur degré de durabilité, de nouvelles classifications sont envisagées : « Durable », « Transition » et « Collecte ESG ».

En France, le passage à la nouvelle version du Label ISR dès janvier 2025 va astreindre les gérants à plus de rigueur dans leurs décisions d’investissement au sein d’univers réduits, du fait notamment d’exclusions étendues aux énergies fossiles. En faisant la part belle à l’engagement actionnarial, ce label laisse tout de même la place à l’appréciation des plans de transition des sociétés à forts enjeux climatiques notamment.

L’analyse qualitative axée sur l’engagement actionnarial doit redorer son blason

Avec l’augmentation de la demande pour des produits d’investissement durable, l'intégration de critères ESG dans l’analyse globale reste un facteur clé d'attractivité. Dans ce contexte, la prise en compte des critères ESG a encore du grain à moudre pour 2025. Certaines thématiques structurelles et incontournables devraient regagner de l’intérêt du fait de leur matérialité à court, moyen et long terme dans de nombreux secteurs de l’économie. Sur le plan environnemental, le capital naturel, l’eau et les crédits biodiversité vont devenir des thèmes d’engagement clés.

Flux des capitaux (Mds €) des fonds dits de « transition » vs fonds environnementaux sans le mot « transition ».

Mandarine Gestion Flux des capitauxSource : ESMA

 

Face au dérèglement climatique, l’essor des stratégies Net Zéro nécessitant une analyse approfondie des plans « de transition », en lien avec les nouvelles directives, devrait se concrétiser. Sur le plan social, le concept de « transition juste » devrait tenir la dragée haute dans le dialogue avec les entreprises, dans un contexte d’adaptation du capital humain à la digitalisation croissante de l’économie. Enfin, sur le front de la gouvernance, les actionnaires devront continuer d’avoir un regard vigilant pour préserver le respect du principe « une action une voix ».

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Par Augustin Vincent, Responsable de la Recherche ESG

 

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