Pictet AM - L’évolution du paysage politique japonais aura-t-elle des retombées sur vos investissements obligataires ?

20/02/2026 - source : Patrimoine 24

Tous les regards sont braqués sur les finances publiques japonaises au lendemain de la victoire électorale d’une Première ministre déterminée à augmenter les dépenses. Pourtant, les inquiétudes suscitées par la dette du pays – et d'éventuelles répercussions négatives sur les marchés mondiaux – semblent exagérées, affirme Linda Raggi, Head of macro and multi sector fixed income.

Quels sont les facteurs qui provoquent une hausse des rendements des obligations d’État japonaises et les coûts d’emprunt pourraient-ils atteindre un niveau où ils ne seront pas durables pour le pays ?

La récente augmentation des rendements des obligations d'État japonaises a été provoquée par une proposition de la Première ministre Sanae Takaichi visant à suspendre pendant deux ans la taxe sur la consommation alimentaire au Japon. Prononcée à l'approche d’une élection anticipée, cette annonce a renforcé les préoccupations concernant la santé des finances publiques nippones. Étant donné que Takaichi et son parti, le PLD, ont suffisamment de voix pour gouverner sereinement, ces inquiétudes pourraient bien persister.

Le marché obligataire a déjà réagi aux perspectives de politiques reflationnistes ménes par Takaichi, qui est connue pour sa volonté de stimuler les dépenses publiques.

Dès lors, on s'interroge désormais sur le caractère durable des coûts croissants entraînés par le service de la dette au Japon, comme en témoignent le succès plutôt mitigé qu'ont connu plusieurs adjudications de dette, contraignant les services de gestion de la dette à réduire les émission d'obligations d'État japonais d'échéance longue.

Cela dit, nous estimons que ces inquiétudes sont exagérées, et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, le déficit budgétaire du Japon s’est réduit. Il atteint 0,5% du PIB, ce qui est bien inférieur à la moyenne des économies développées, qui s'élève à environ 3%.

Deuxièmement, le retour de l’inflation a stimulé les recettes fiscales, ce qui a donc soutenu la croissance du PIB nominal.

Par conséquent, le ratio dette/PIB du Japon est tombé à environ 226% contre environ 260% au plus fort de la pandémieFMI1.

Il est important de noter que la base des investisseurs en obligations d'État japonaises est principalement nationale: la Banque du Japon en détient environ 50% et le reste appartient à des institutions privées locales (banques, compagnies d'assurance vie et non-vie et fonds de pension). Le pays peut ainsi plus facilement maintenir des conditions de financement stables.

Troisièmement, compte tenu de la structure de sa dette publique, les coûts du service de la dette du Japon n’augmenteront qu’à un rythme très progressif. Les services gouvernementaux prévoient que les paiements d’intérêts sur la dette publique ne grimperont qu'à 2% du PIB d’ici à 2028, contre moins de 1,5% actuellement. Cette hausse très progressive illustre le fait que le taux d’intérêt moyen pondéré sur l’encours de la dette n’est que de 0,8%, alors que l’échéance moyenne de cette dette est supérieure à 9,5 ans.

Dans notre fiche d'évaluation de la durabilité de la dette, qui intègre tous ces critères, le Japon se maintient dans le premier quartile (le groupe le plus durable) aux côtés de la Suisse et du Danemark.

Néanmoins, les possibilités de la nouvelle administration en matière de dépenses pourraient être plus limitées que prévu. L'alerte est venu des compagnies d’assurance, qui sont de grands investisseurs en obligations d'État japonaises. Elles ont en effet été contraintes de vendre leurs positions, car la hausse des rendements a provoqué un décalage dans la duration (la sensibilité aux taux d’intérêt) de leurs actifs et leurs passifs. Même si les rendements obligataires sont, selon nous, proches de leur sommet, les investisseurs ne peuvent se montrer complaisants vis-à-vis des risques résiduels que le Japon doit affronter.

 

Pour consulter l'article dans son intégralité, cliquez ICI.

 

Par Linda Raggi, Head of Macro and Multi Sector Fixed Income

 

 

Pictet AM logo

Pour accéder au site, cliquez ICI.