Une maison de convictions et engagée

01/10/2025 - source : Investissement Conseils

Marie Jacot, CEO d’Edmond de Rothschild Asset management pour la France, revient sur l’offre de la maison dédiée aux cabinets de conseils en gestion de patrimoine. Elle nous présente ses positions sur les défis actuels pour les gestionnaires d’actifs, en particulier l’ISR, l’impact de la réglementation Value for Money et la concurrence croissante des ETF.

Une maison de convictions et engagéeInvestissement Conseils : Que représente aujourd’hui Edmond de Rothschild AM, notamment en France, et votre activité auprès des CGP ?Marie Jacot : Edmond de Rothschild Asset Management compte aujourd’hui une centaine de milliards d’euros d’actifs sous gestion, avec un mix clients équilibré entre les investisseurs institutionnels et la distribution, et une collecte positive sur les huit premiers mois de l’année, de l’ordre de 4 milliards d’euros. La France est notre premier marché, avec 20 à 25 % de nos encours, au sein duquel nos partenaires conseillers en gestion de patrimoine sont particulièrement importants puisqu’ils représentent environ un tiers des actifs gérés. Ces dernières années, nous avons restructuré et renforcé notre équipe en lien avec les cabinets de CGP. Elle se compose désormais de quatre vendeurs et deux spécialistes du marketing. Nous avons également construit une offre dédiée qui repose à la fois sur des fonds liquides long only, mais aussi un FCPR.Quels produits liquides proposez-vous plus particulièrement aux professionnels du patrimoine ?L’offre de gestion d’Edmond de Rothschild AM est vaste et contient aujourd’hui une trentaine de fonds. Ceci étant, afin d’aider nos partenaires, nous sélectionnons chaque année un petit nombre de produits que nous jugeons adaptés à leur clientèle en fonction de l’environnement de marché et porteurs de performance sur le long terme. Sur nos stratégies actions long only, il s’agit notamment du fonds EDR Fund Big Data. Sur cette stratégie, qui fête cette année son dixième anniversaire, nous gérons 3,5 milliards d’euros d’encours, dont 2,5 milliards d’euros sur le fonds. Elle se veut différenciée car elle ne porte pas uniquement sur les valeurs Tech. En effet, centrée sur thème du Big Data, elle se veut plus large puisqu’elle intègre également les entreprises non technologiques qui intègrent la Data dans le cœur de leur business model. Dès lors, nos performances sont plus résilientes et décorrélées des fonds thématiques technologiques. En mai dernier, nous avons aussi lancé le fonds EDR Sicav Global Resilience qui investit dans les entreprises répondant à quatre grands enjeux contemporains : défense et cybersécurité, infrastructures critiques, protection, et ressources stratégiques. Par ailleurs, ces valeurs sont sélectionnées car elles-mêmes résilientes en raison d’un faible levier financier, d’une intégration verticale de leurs activités et d’une faible exposition aux exportations. La stratégie rencontre déjà un franc succès puisque le fonds dépasse les 100 millions d’euros d’encours après seulement quelques mois d’existence. Sur le marché des obligations, nous sommes des pionniers sur les stratégies de portage et donc bien identifiés sur ce segment. Nous gérons actuellement près de 5 milliards d’euros sur notre franchise de fonds Millesima. Un fonds à échéance 2032 va être lancé. Celui-ci sera centré sur le segment du High Yield européen. Toujours sur l’obligataire, nous proposons également un fonds plus thématique investi sur la dette subordonnée d’entreprises non financières, Edmond de Rothschild SICAV Corporate Hybrid Bonds, dont le profil de risque est très maîtrisé. Ce fonds qui n’a que trois ans compte déjà près d’un milliard d’euros d’encours. Sur les actifs privés, vous avez également référencé EdRPEO FCPR en assurance-vie. Pourriez-vous nous le présenter ?Edmond de Rothschild Private Equity Opportunities FCPR est la stratégie flagship de notre équipe dédiée au Private Equity. Conseillé par Elyan Partners, ce fonds investit sur des mid-caps européennes et américaines, et sur des opérations de Buy-Out. Ce segment d’entreprise est particulièrement attractif car il y existe un grand nombre d’opportunités d’investissement, avec des capacités de sorties plus vastes que sur le segment des large caps. Le fonds cible trois secteurs en particulier : la Tech, la santé et les nouveaux modes de consommation. Evergreen, son format est ainsi adapté à l’assurance-vie. Pour autant, si la liquidité est portée par l’assureur et que le fonds dispose d’une poche de cash en portefeuille, il convient de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un produit liquide et dont la performance repose justement sur cette illiquidité et le long terme. Dans les prochains mois, nous pourrions élargir notre offre en actifs privés, notamment pour donner accès au retail à nos stratégies de dette d’infrastructures. Nous sommes l’un des dix plus gros acteurs mondiaux dans ce domaine grâce à notre plateforme Bridge qui gère plus de 6 milliards d’euros d’encours de dette d’infrastructures, ce avec une approche centrée sur la transition énergétique. Ce type de produit correspond bien aux attentes des investisseurs sur les marchés privés, avec un rendement attractif totalement décorrélé des marchés liquides traditionnels.En tant que gérant actif, comment observez-vous la croissance régulière de la gestion indicielle ?Notre ADN est d’être une maison de conviction, génératrice d’alpha, qui se focalise sur ses expertises, avec un rythme de création de produits mesuré et toujours sur des stratégies diffé renciées. Comme le prouve notre collecte, cette approche porte ses fruits d’année en année. Gestion passive et gestion active ne doivent pas nécessairement être opposées, elles sont à associer dans une logique de construction de portefeuille. Chez nous, il existe une gestion réelle de l’alpha et des risques via des spécialistes.Un autre risque pour la gestion active est la mise en place de Value for Money.Quelle est votre position ? Dans son objectif, Value for Money ne constitue pas une menace pour notre industrie : elle a pour but la transparence et l’équité des frais de gestion pour les investisseurs. Nous souhaitons que la génération de performance et des risques soit rémunérée à hauteur du travail de recherche et d’analyse des gérants. Or la mise en place du dispositif en l’état porte à confusion notamment en raison de son mode de calcul, car il aboutit à comparer les frais de gestion des fonds actifs avec des fonds passifs. C’est pourquoi nous sommes proactifs sur la Place pour défendre notre modèle. La gestion active française est reconnue mondialement, et il faut que cela perdure.On assiste également à un fléchissement de l’intérêt des investisseurs envers les stratégies ISR…Edmond de Rothschild AM est un investisseur historiquement engagé sur les thématiques ESG, tant dans l’accompagnement de nos clients que dans les rapports que nous entretenons avec les entreprises dans lesquelles nous investissons. Cet engagement à soutenir l’économie réelle via des stratégies d’investissement durables est au cœur des préoccupations de notre famille actionnaire. L’engagement en faveur de la transition énergétique est notamment un enjeu de long terme, partagé par l’ensemble des équipes de la maison. Elle est prise en considération à tous les niveaux du groupe.